Pratique du coaching6 min de lecture

Fenêtre de Johari : l'utiliser en coaching (guide + modèle)

La fenêtre de Johari en coaching : les quatre zones, comment animer l'exercice en séance, réduire les angles morts du client et un modèle prêt à l'emploi.

DorothéeDorothée
Fenêtre de Johari : l'utiliser en coaching (guide + modèle)

Qu'est-ce que la fenêtre de Johari et à quoi sert-elle en coaching ?

En bref : la fenêtre de Johari est un outil de connaissance de soi qui découpe la conscience d'une personne en quatre zones, selon ce qu'elle sait d'elle-même et ce que les autres perçoivent : la zone ouverte, la zone aveugle, la zone cachée et la zone inconnue. En coaching, elle sert à nommer les angles morts du client et à agrandir la zone qu'il connaît et assume, ce qui débloque souvent des situations restées floues.

Beaucoup de coachs connaissent la fenêtre de Johari de nom sans l'utiliser vraiment, parce qu'elle est souvent présentée comme un schéma de management un peu théorique. C'est dommage : bien menée, elle fait un travail que peu d'exercices réussissent aussi vite, celui de mettre des mots sur ce qu'un client sent sans se l'avouer, et sur ce que son entourage voit sans oser le dire.

Cet article reprend l'outil côté praticien : d'où il vient, ce que recouvrent ses quatre zones, comment l'animer dans une séance en tête à tête (là où il faut l'adapter, puisqu'il a été pensé pour un groupe), la fameuse liste d'adjectifs, ses limites, et comment faire durer les prises de conscience qu'il déclenche.

Les quatre zones de la fenêtre de Johari

Le modèle a été créé en 1955 par deux psychologues américains, Joseph Luft et Harrington Ingham, dont les prénoms ont donné le nom « Johari ». L'idée tient dans un carré divisé en quatre : d'un côté ce que la personne connaît ou ignore d'elle-même, de l'autre ce que les autres connaissent ou ignorent d'elle.

ZoneConnue de soiConnue des autresExemple typique
Zone ouverteOuiOuiCe que le client assume et montre sans effort
Zone aveugleNonOuiUn ton cassant en réunion qu'il ne perçoit pas
Zone cachéeOuiNonUn doute, une ambition ou une peur tenus secrets
Zone inconnueNonNonUn talent ou un frein encore enfouis chez les deux

Tout le travail de la personne, en coaching comme dans la vie, consiste à agrandir la zone ouverte au détriment des trois autres. On réduit la zone aveugle en recevant du feedback, la zone cachée en se dévoilant, et la zone inconnue se découvre peu à peu au fil de l'expérience et de l'introspection.

Pourquoi la fenêtre de Johari est un outil de coaching précieux

Son intérêt en accompagnement est double. D'abord, elle donne un langage commun pour parler de quelque chose de délicat : dire à un client qu'il a « une zone aveugle sur sa manière de couper la parole » est nettement plus accueillable qu'un jugement frontal. Le modèle dépersonnalise le retour, il en fait un phénomène normal que tout le monde possède.

Ensuite, elle rend concret un objectif souvent flou en coaching, la « prise de conscience ». Au lieu de rester une intention vague, celle-ci devient une action précise : quelle zone veut-on éclairer, et par quel moyen. C'est un excellent complément à un premier bilan mené avec la roue de la vie en coaching, qui cartographie les domaines de vie quand la fenêtre de Johari, elle, cartographie la connaissance de soi.

Animer l'exercice en coaching individuel, étape par étape

La fenêtre de Johari a été conçue pour un groupe, où plusieurs personnes se donnent mutuellement des retours. En coaching individuel, il faut donc l'adapter : c'est le coach qui incarne le regard extérieur, et parfois l'entourage du client sollicité entre les séances. Une trame qui fonctionne bien :

  1. Présenter le cadre. Dessinez les quatre zones et expliquez l'intention : agrandir ensemble ce que le client connaît et assume de lui, sans jugement. Rappelez que tout le monde a des angles morts, vous compris.
  2. Cartographier la zone ouverte. Demandez au client de nommer quelques traits qu'il connaît de lui et que son entourage voit aussi. Cela pose une base rassurante avant d'aborder le reste.
  3. Explorer la zone cachée. Ouvrez un espace sûr pour ce qu'il garde pour lui : « Qu'est-ce que vos proches ne soupçonnent pas chez vous ? » Le dévoilement se fait à son rythme, jamais sous pression.
  4. Éclairer la zone aveugle. Partagez avec tact ce que vous observez en séance, formulé comme une hypothèse : « Je remarque que… est-ce que cela vous parle ? » C'est le cœur du travail, et le plus délicat.
  5. Effleurer la zone inconnue. Terminez par des questions d'ouverture sur des talents ou des freins encore inexplorés, sans chercher à tout résoudre.
  6. Choisir un point d'appui. Aidez le client à retenir une zone à travailler et un premier pas concret, en lien avec ses objectifs d'accompagnement.

Le retour de l'étape 4 demande du doigté : c'est toute la différence entre un feedback qui ouvre et un feedback qui ferme. La qualité de votre écoute active en coaching conditionne directement la sécurité dans laquelle le client peut entendre ce que vous lui renvoyez.

La liste d'adjectifs : comment s'en servir

Dans sa version d'origine, l'exercice s'appuie sur une liste de cinquante-cinq adjectifs (accessible, calme, fiable, nerveux, spontané, réservé…). La personne en choisit cinq ou six qui la décrivent, ses pairs en choisissent de leur côté, puis on compare : les adjectifs communs peuplent la zone ouverte, ceux vus par les autres seuls dessinent la zone aveugle, ceux choisis par la personne seule composent la zone cachée.

En séance individuelle, vous pouvez reprendre cette mécanique en confiant au client une mission entre deux rendez-vous : se choisir cinq adjectifs, et demander à trois personnes de confiance d'en choisir cinq pour lui. La séance suivante est alors consacrée à comparer les listes. L'écart entre l'image de soi et l'image reçue est souvent la matière la plus riche de tout l'accompagnement.

Les limites et les pièges à éviter

La fenêtre de Johari a ses angles morts, elle aussi. Le premier piège est de forcer le dévoilement : une zone cachée se partage quand la confiance est là, jamais parce que l'exercice l'exige. Poussée trop vite, la séance devient intrusive et le client se referme.

Le deuxième piège est de confondre feedback et jugement. Un retour sur la zone aveugle décrit un comportement observable et son effet, pas une étiquette sur la personne. Enfin, comme la roue de la vie, l'outil ne vaut que si l'on y revient : une zone aveugle nommée en mars puis oubliée n'a rien changé. La prise de conscience n'est qu'un début, le travail est dans la durée.

Garder la mémoire des prises de conscience

C'est là que se joue l'efficacité réelle de l'outil. Une fenêtre de Johari qui compte, c'est une fenêtre que l'on rouvre : reprendre à la séance neuf l'angle mort repéré à la séance deux, vérifier ce qui a bougé, ajuster. Encore faut-il retrouver ce qui avait été dit, dans quel contexte, et ce que le client s'était engagé à observer. C'est précisément ce fil qui se perd quand l'historique d'un client est éparpillé entre carnets et documents, un sujet que nous abordons dans mesurer la progression d'un client.

C'est le travail discret que Klarity porte pour les coachs : une mémoire longitudinale par client qui garde le fil de vos outils et de vos séances, pour que vous puissiez rouvrir une prise de conscience des mois plus tard avec tout son contexte déjà là. Si l'idée vous parle, vous pouvez la découvrir en commençant gratuitement.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la fenêtre de Johari ?

La fenêtre de Johari est un modèle de connaissance de soi créé en 1955 par les psychologues Joseph Luft et Harrington Ingham. Il représente ce qu'une personne connaît d'elle-même et ce que les autres perçoivent d'elle sous la forme de quatre zones : ouverte, aveugle, cachée et inconnue. En coaching, il sert à rendre visibles les angles morts du client et à agrandir la zone qu'il connaît et assume.

Comment utiliser la fenêtre de Johari en coaching individuel ?

En séance à deux, le coach tient le rôle du regard extérieur : il partage avec tact ce qu'il observe pour réduire la zone aveugle, et il crée assez de sécurité pour que le client dévoile ce qu'il gardait pour lui, ce qui réduit la zone cachée. On peut aussi demander au client de recueillir quelques retours de son entourage entre deux séances, puis de les explorer ensemble.

Quelle différence entre zone aveugle et zone cachée ?

La zone aveugle regroupe ce que les autres voient chez la personne mais qu'elle ne perçoit pas elle-même, par exemple un ton sec en réunion. La zone cachée regroupe ce que la personne connaît d'elle mais choisit de ne pas montrer, comme un doute ou une ambition tue. La première se réduit par le feedback, la seconde par le dévoilement volontaire.

Et si la mémoire se construisait toute seule ?

Klarity prépare vos séances et garde le fil de chaque client, pour vous.

Gratuit, sans engagement, aucune carte bancaire.